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Mystères de l'humanité

Ufologie,espace, sociétés secrète, civilisations antiques

Les pharaons noirs

Les pharaons noirs

De nos jours encore, la Nubie incarne l'image d'une contrée lointaine et mystérieuse, traversée par le Nil et s'ouvrant sur l'Afrique noire, ses richesses et son exotisme. Bien qu'elle ait longtemps été dépourvue d'écriture, la civilisation nubienne affiche un dynamisme et une originalité remarquables tant sur le plan culturel qu'économique.

Kerma est l'un des sites majeurs de la vallée du Nil. Fouillé par une équipe suisse depuis plus de trente ans, il a livré des vestiges exceptionnels, enfouis dans les ruines de villes antiques, de temples monumentaux et de vastes nécropoles. C'est la capitale du premier royaume de Nubie. Cette région, qui renferme également les plus anciens cimetières du continent, est enfin le lieu de découverte des statues des pharaons noirs.

Kerma, capitale du premier royaume d'Afrique noire, se trouve au centre de la Nubie soudanaise. La Nubie est une vaste région qui occupe le nord du Soudan et le sud de l’Egypte, entre la Première et la Cinquième cataracte. Au sud de la Deuxième cataracte, les nombreux affleurements rocheux qui rendent le paysage accidenté et le territoire difficile d’accès ont également limité la mobilité des populations humaines. Ce secteur est d’ailleurs surnommé le "ventre de pierre", car il a longtemps été une frontière naturelle, gênant les contacts entre les civilisations nubienne et égyptienne.

La région de Kerma est au centre de la Nubie, à quelques kilomètres en amont de la Troisième cataracte, soit à un endroit stratégique permettant de contrôler les communications le long de la vallée du Nil. Elle s’ouvre sur la plus vaste plaine alluviale du nord du Soudan (15 à 20 km de large pour 200 km de long). Ces conditions naturelles ont joué un rôle important dans la dynamique démographique de cette région et expliquent en partie sa richesse archéologique, que ce soit pour les périodes préhistoriques ou historiques.

L'évolution globale du peuplement humain de la région de Kerma est connue sur près d'un million d'année.

La reconstitution du peuplement humain de cette partie de Haute Nubie est évidemment ponctuée de périodes non documentées. Cependant, les récentes recherches ont permis de retracer de manière plus précise les millénaires précédents l’émergence du premier royaume d’Afrique noire.

Les premiers indices du peuplement de la région sont livrés par le site de Kaddanarti. Il s’agit d’un campement marqué par la présence d’outils en silex (essentiellement chopper et chopping tool) et d’ossements d’animaux aujourd’hui disparus. Il est daté entre 1 et 0,5 million d'années. Bien que bipèdes et produisant des outils, les populations de l’époque ne correspondent ainsi pas à la forme moderne de l’homme. La région a probablement été habitée à une période encore plus ancienne, comme le suggèrent les découvertes réalisées en Ethiopie, au Kenya et au Tchad.

Les prospections de ces dernières années ont conduit à l’identification de sites plus récents remontant à l’Acheuléen (entre 500'000 et 200'000 av. J-C.) et surtout au Paléolithique moyen (entre 200'000 et 35'000 av. J-C.). Le gisement le plus spectaculaire se trouve au sommet d’un ancien volcan, à 40 km du Nil. Des ateliers de taille, des éclats et des outils en basalte sont aujourd’hui retrouvés dans la position même où ils ont été abandonnés, il y a plusieurs dizaines de milliers d’années.

Le climat devient particulièrement aride durant le Paléolithique supérieur (entre 35'000 et 10'000 av. J-C.), période qui n'est pas documentée dans la région. Les populations humaines ont sans doute été contraintes de se rapprocher du Nil, et les vestiges de leur présence sont aujourd’hui enfouis sous plusieurs mètres de sédiments ou ont été emportés par les alluvions du fleuve.

voici l'archéologue charles bonnet

voici l'archéologue charles bonnet

L’Epipaléolithique (entre 10'000 et 7000 av. J-C.) est une période bien documentée. Les variations climatiques de l’Holocène ont fortement influencé le peuplement humain. Entre 10'000 et 6000 av. J.-C. l’humidité était marquée, favorisant la formation de lacs dans le Sahara et d’une végétation abondante de type savane. La plupart des zones aujourd’hui désertiques étaient habitables, facilitant ainsi les contacts à travers tout le Sahara selon un axe est-ouest. Les abords du Nil étaient en revanche difficiles d’accès et les populations s’installèrent plutôt en retrait des zones inondables.

Dès le Ve millénaire av. J.-C. débute une phase d’aridité qui force les populations à se rapprocher du fleuve et à se fixer dans la vallée du Nil. Il est actuellement possible de mettre en évidence les principales transformations sociales et économiques qui interviennent au cours des millénaires et qui aboutissent au développement d’un royaume puissant dominant la région : sédentarité, élevage, agriculture, développement des échanges, croissance démographique, inégalités sociales et émergence des premières cités.

Le Pré-Kerma se développe entre la fin du IVe et le début du IIIe millénaire av. J.-C. Elle témoigne d'une complexification sociale majeure, préfigurant la formation du premier royaume d'Afrique noire.

La période qui couvre le IVe et le IIIe millénaire est mal connue dans la région de Kerma. L'aridification progressive du climat entraîne à cette époque les populations à se déplacer vers les abords du Nil. Les vestiges de leurs habitations, situés aujourd'hui dans des zones cultivées, ont été en grande partie détruits par les labours. Cependant, de rares témoins préservés existent, notamment à l'emplacement de la nécropole orientale, sous les tumulus d'époque Kerma, où une vaste agglomération a été dégagée.

Les pharaons noirs

Découverte au milieu des années 1980, l'agglomération est connue sur près d'un hectare et demi et correspond à l'habitat permanent d'une communauté agropastorale. Elle est composée d'une quarantaine de huttes mesurant entre quatre et sept mètres de diamètre et entourant une aire de stockage comprenant près de cinq cent fosses à céréales. Trois bâtiments se distinguent par leur forme rectangulaire. Leur fonction n'est pas domestique, mais plutôt administrative, religieuse ou défensive. De vastes enclos à bétail, délimités par des palissades en bois, ainsi que des fortifications imposantes se développent en périphérie de la zone d'habitations.

L'ensemble des constructions marque déjà un certain degré de densification et complexification de l'habitat qui traduisent l'émergence d'une société plus élaborée. La population du Pré-Kerma, qui s'installe entre 3500 et 2500 av. J.-C. aux abords du Nil, cherche donc à se protéger des agressions extérieures et à préserver ses richesses au sein d'un vaste complexe entièrement ceinturé, qui devait couvrir une dizaine d'hectares.

Les données archéologiques pour cette période sont particulièrement rares en Haute Nubie et il est difficile de mettre en évidence les relations du Pré-Kerma avec ses voisins. Nous savons seulement que les contacts s'intensifient le long de la vallée du Nil et que les richesses de Nubie, notamment l'or, l'ivoire, l'ébène ou le bétail, ont dû attiser la convoitise des élites du nord.

Les échanges commerciaux s'accroissent entre la Basse Nubie, occupée par le Groupe A, et la Haute Egypte. La Haute Nubie a sans doute été influencée par ces interactions, mais son implication dans le commerce nilotique est encore difficile à déterminer. Le peu de sites d'habitats du Pré-Kerma et la rareté des nécropoles ne permettent actuellement pas de se faire une idée précise du dynamisme de cette culture dans la région.

Le royaume de Kerma, issu des cultures nubiennes de la fin du IVe millénaire avant J.-C., dominera la Haute Nubie pendant près de mille ans.

ici vous pouver aprécier les vestige de kerma

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BenjaKerma doit son nom à la bourgade moderne située au sud de la Troisième cataracte, sur la rive orientale du Nil. Il s'y trouve les vestiges les plus importants de cette civilisation, à savoir la capitale du royaume et sa nécropole orientale, deux sites très vastes dont la durée s'étend entre 2500 et 1500 av. J.-C. Le chercheur américain, George A. Reisner, considéré comme le père de l’archéologie soudanaise, révéla lors de ses fouilles (1913-1916) les vestiges d’une culture tout à fait originale. Depuis, bien d’autres sites découverts entre les Première et Cinquième cataractes sont venus compléter les témoignages de cette culture. Le plus important reste néanmoins celui de Kerma, capitale du royaume, avec sa ville et sa nécropole contemporaine.

Le royaume de Kerma ne connaît pas l'écriture ; il est désigné dans les textes égyptiens par le nom de Kouch. Les habitants vivaient de l’élevage des bovins et caprins, de l’exploitation des ressources végétales, de la chasse et de la pêche. Le commerce (or, pierres précieuses, ivoire, peaux d’animaux, ébène, bétail) a également contribué à la prospérité de la ville qui se trouve au centre d’un bassin fertile, à la croisée des pistes reliant l’Egypte, la Mer Rouge et le cœur de l’Afrique. Dès sa fondation, les Nubiens qui avaient la réputation d’être des guerriers avisés et d’habiles archers, ont eu le souci de se prémunir contre des incursions ennemies. Ils construisirent des fossés, des palissades et des murs d’enceinte plus ou moins puissants dotés de nombreux bastions.

Trois périodes chronologiques ont été distinguées sur la base du matériel céramique découvert dans les cimetières de l'île de Saï et de Kerma : le Kerma ancien (environ 2450-2050 av. J.-C.), le Kerma moyen (environ 2050-1750 av. J.-C.) et le Kerma classique (environ 1750-1480 av. J.-C.). Une quatrième période, appelée Kerma final, marque la transition entre la fin du royaume et l’occupation égyptienne (environ 1480-1450 av. J.-C.).

La période du Kerma classique est la plus brillante qu’ait connu le royaume. L’influence de ses souverains s’étend jusqu’en Basse Nubie et la proposition d’alliance du roi hyksos de la XVe dynastie, vers 1580 av. J.-C., renforce leur importance sur la scène politique. Ils entreprennent des travaux de grande ampleur dans la ville et la nécropole. La Deffufa occidentale a désormais l’apparence d’un temple égyptien et un quartier portuaire au sud de la ville est construit.

Deux grands temples de plus de 40 mètres sont édifiés dans la nécropole, où les derniers tumuli royaux deviennent de véritables manifestes de la puissance des souverains. La chute du royaume est sans doute accélérée par cette démonstration de richesse ostentatoire qui attisa les convoitises de ses voisins du nord, ainsi que par une surexploitation des sols et une désertification croissante.

La ville de Doukki Gel est fondée par les pharaons de la XVIIIe dynastie égyptienne.

La conquête égyptienne du royaume de Kouch commence véritablement avec l’un des plus illustres pharaons du début du Nouvel Empire, Thoutmosis Ier (1496-1483 av. J.-C.). Après avoir repris les forteresses de Basse Nubie et s’être emparé de Kerma, il fonde une nouvelle ville à un kilomètre au nord de celle-ci, au lieu-dit Doukki Gel. L’emprise égyptienne sur la région du sud de la Troisième cataracte ne devient cependant effective qu’avec Thoutmosis III (1479-1424 av. J.-C.).

Les pharaons noirs

mLes Nubiens doivent quitter leurs habitats, souvent incendiés lors de la conquête. Certains s’établissent à Soleb, Sesibi, Tabo, Kawa ou au pied du Gebel Barkal. Les troubles et les conflits nombreux qui interviennent entre autochtones et nouveaux arrivants rendent difficilement compréhensible la transition entre les cultures Kerma et l’occupation égyptienne. La gestion du pays est placée sous l’autorité d’un vice-roi qui porte le titre de « fils royal de Kouch », mais une partie du pouvoir est certainement accordée à l’élite locale. En effet, une politique d’égyptianisation est rapidement mise en place. Les enfants des chefs vaincus sont ainsi envoyés en Egypte, afin d’être éduqués à la cour.

La ville de Doukki Gel est aujourd’hui partiellement enfouie sous une palmeraie, rendant impossible une étude exhaustive de son développement. Les repères à notre disposition permettent toutefois de comparer ses proportions à celles des autres villes égyptiennes de Nubie. L’interprétation de son quartier religieux s’avère complexe, les restaurations ou constructions d’époques napaténne et méroïtique ne facilitant pas la lecture des maçonneries antérieures.

Les dépôts de fondation des divers temples construits dans l’enceinte témoignent des différentes interventions commanditées par les pharaons des XVIIIe et XIXe dynasties égyptiennes. Il est certain qu’un des temples était dédié au dieu Amon.

L’enceinte de la ville est abandonnée par étapes à la fin de l’époque ramesside (vers le XIe siècle av. J.-C.). L’Egypte, davantage tournée vers la Méditerranée, perd le contrôle de la Nubie. L’histoire de la Moyenne et Haute Nubie demeure obscure durant les trois siècles qui suivent. Elle s’éclaire à nouveau avec l’émergence d’une royauté originaire de la région de Napata, en aval de la Quatrième cataracte.

Le royaume de Kouch est divisé entre le courant du VIIIe siècle avant J.-C. et du IVe siècle après J.-C. en deux périodes dites napatéenne et méroïtique, d’après l’emplacement des centres respectifs du royaume.

Les pharaons noirs

Au cours du VIIIe et VIIe siècle av. J.-C., la Nubie connaît un renouveau extraordinaire, sous l’impulsion des puissants souverains kouchites établis dans la région de la Quatrième cataracte. Ils vont non seulement reprendre en main la destinée de leurs terres ancestrales, mais aussi celles de l’Egypte. Vers 730 av. J.-C., Piankhy (ou Piye), souverain de Napata, entreprend de pacifier l’Egypte en proie à des luttes intestines et aux menaces assyriennes.

Il unifie le nord et le sud, inaugurant la XXVe dynastie, dite "éthiopienne" ou encore kouchite. Ses successeurs règneront pendant près de soixante ans, de 713 à 656 av. J.-C., sur un vaste empire s’étendant du Delta égyptien jusqu’au confluent du Nil blanc et du Nil bleu. Ces souverains des Deux-Terres portent un diadème orné de deux cobras-uræi, symboles de leur double royauté.

voici le Deffufa de kerma

voici le Deffufa de kerma

Désormais, les monarques se font enterrer sous des pyramides, se placent sous la protection du dieu Amon et utilisent la langue égyptienne, autant de manifestations témoignant de leur volonté d’égyptianisation.

Néanmoins, la place occupée par le dieu Amon dans la religion kouchite de cette époque surprend peu, sachant qu’il est notamment vénéré sous la forme d’un bélier, animal tenant une place particulière dans la culture Kerma. Des réalisations architecturales de grande ampleur peuvent être attribuées à ces pharaons, que ce soit en Egypte ou au Soudan, comme à Gebel Barkal, Sanam, Kawa ou Tabo.

De Kerma, la capitale s’est déplacée pour des raisons stratégiques et religieuses à Napata, au pied du Gebel Barkal, lieu de naissance du dieu Amon. Finalement, la dynastie kouchite tombe sous les assauts répétés des Assyriens et des rois du Delta. Lors d'une expédition en Nubie, sous l'égide de Psammétique II, les Égyptiens tentent de faire disparaître toute trace de ces "pharaons noirs".

Ils détruisent, entre autres, les statues des souverains exposés dans les temples, dont les restes ont été retrouvés à Gebel Barkal au début du XXe siècle et à Doukki Gel en 2003. Suite à cette expédition, les rois kouchites reprennent le contrôle de la Nubie sous le nom de royaume de Napata, mais n'étendent pas leur pouvoir en aval de la 2e cataracte.

on peut voir l'image de la découverte des statue de Taharqa

on peut voir l'image de la découverte des statue de Taharqa

Au cours du IVe siècle av. J.-C., le souci de se protéger des armées égyptiennes menaçantes, puis des Ptolémées et des Romains, conduira les souverains nubiens à transférer leur centre politique à Méroé, au sud de la Cinquième cataracte. Ce nouvel emplacement offre des avantages stratégiques et économiques importants, car la région se trouve dans un réseau de routes commerciales et bénéficient de pluies abondantes. Cette ville devient alors la capitale d’un empire particulièrement florissant, dont la culture issue des traditions nubiennes témoigne également de l’égyptianisation des élites.

Les pharaons noirs

La distinction historiographique entre "royaume de Napata" et "royaume de Méroé" est quelque peu artificielle, dans la mesure où tous deux s’inscrivent dans une continuité culturelle et politique. Il est d’autant plus difficile d’en détailler l’évolution car si l’écriture méroïtique est déchiffrée, la langue est loin d'être comprise.

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